Le retour du suspense en Premier League ?

Last Updated on 24 janvier 2021 by Thibault Dreze

Entre calendrier ultra serré, journées de championnat décalées et reports, il devient difficile de s’y retrouver quand on consulte le classement de Premier League. Pourtant, malgré des différences dans le nombre de matches joués, on a le sentiment que la suite de la compétition n’a plus été aussi indécise depuis plusieurs saisons.


C’est une saison particulière, c’est le moins que l’on puisse dire. En fait, cela fait bientôt un an que le football et tous les sports dans le monde ne sont plus les mêmes. Une année au cours de laquelle on s’est habitué à voir des stades sans public et des matches aussi répétitifs qu’au résultat surprenant. C’est donc dans ce contexte que la saison 2020-2021 s’est mise en branle. Après 19 journées, soit la moitié des 38 au total, difficile de faire sortir un favori tant les spirales positives des équipes semblent courtes. Tentative d’explication.

Un calendrier serré, des joueurs usés

On le sait, Euro oblige, le calendrier a été compacté telle une voiture à la casse. La saison a commencé un mois plus tard que lors d’une saison normale et doit se terminer -impérativement- mi-mai, soit plus tôt qu’une saison classique. Un resserrement inédit qui donne un rythme effréné avec des matches de Premier League quasiment tous les jours depuis le mois de novembre. D’autant plus que les autres compétitions ne s’arrêtent pas non plus. Entre Ligue des Champions, Europa League, Coupe de la Ligue et FA Cup, les joueurs sont fortement sollicités.

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À titre d’exemple, Tottenham a joué, depuis le 13 septembre (premier match de la saison) et le 17 janvier, dernière rencontre à ce jour, 31 matches en 126 jours. Soit un match tous les 4 jours. Une cadence infernale qui implique que les joueurs soient diminués physiquement et surtout n’ont plus le temps de se sortir la tête du football. Le nez dans le guidon depuis 5 mois et ce n’est pas prêt de se terminer. Les échéances internationales vont se multiplier et l’Euro les attend au tournant.

L’effet de la pandémie sur la forme des joueurs se fait ressentir. D’une part, la pause forcée de mars dernier, couplée à une reprise tardive, une absence de vraie trêve entre les deux saisons et un calendrier actuel bondé, fragilise les sportifs. D’autre part, l’effet à moyen et long-terme du virus lui-même sur les organismes des sportifs professionnels est encore inconnu vu le manque de recul.

Sans oublier une hausse de 23% du nombre de joueurs blessés. « Si vous n’êtes pas complètement rétabli de votre match précédent, la fatigue s’installera et les blessures musculaires augmenteront, car si vous avez des muscles fatigués et que vous les chargez à nouveau, ils vont se déchirer », expliquait Gary Lewin, l’ancien kiné d’Arsenal et de l’Angleterre à la BBC.

Pas d’équipe dominatrice

Cette augmentation du rythme, de la fatigue des effectifs et des fréquences de blessure des joueurs sont certainement des causes qui expliquent la situation actuelle, où aucune équipe ne domine des pieds et des mains le championnat. Autrement dit, tout le monde semble pouvoir battre tout le monde.

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Aston Villa qui en plante 7 au champion en titre, ce même champion en titre qui en plante 7 face à Crystal Palace quelques semaines plus tard, avant de tomber dans un mutisme offensif inouï, cela a de quoi interroger. D’ailleurs aucune équipe n’est invaincue et c’est vrai que les matches sont rarement joués d’avance.

Finalement, les cycles de bonne forme sont très courts et parfois interrompus de manière brutale. Tantôt Liverpool, tantôt Tottenham, les deux Manchester, Leicester ou encore Everton ont enchaîné les belles performances depuis le début de saison. En effet, depuis la 5e journée, Everton, Liverpool, Leicester, Tottenham et Manchester United ont occupé la tête du classement au moins une journée. Certes, avec parfois des différences de matches qui ont rendu le classement moins lisible. Mais c’est révélateur de la tournure qu’a pris cette saison.

Stats arrêtées au 22/01/2021

Un rapide coup d’oeil au classement après la 19e journée montre de manière claire que l’écart entre les équipes de tête, n’a plus été aussi réduit sur les 5 dernières saisons. Certes, le calendrier actuel fait que toutes les équipes n’ont pas disputé le même nombre de matches, mais l’écart n’en resterait pas moins minime, peu importe le résultat de Manchester City et Tottenham, deux équipes du Top 5 avec un match de moins. L’autre constat, sans doute lié à tous les facteurs précités, est le nombre très faible de points obtenus par l’équipe de tête. Le plus faible total depuis la saison 2015/16 à pareille époque.

De plus, comme l’explique Philippe Auclair: « La meilleure illustration de ce tassement est le classement final virtuel qu’on peut établir sur la base des résultats enregistrés jusqu’à présent, si les clubs concernés maintenaient le même rythme jusqu’à la fin de l’exercice en cours. Manchester City serait champion avec 78 points, Manchester United les talonnant d’une décimale, avec Leicester (74 points) et Liverpool (72) pour compléter les Top 4. 78 points, ce serait le deuxième plus mauvais total de l’histoire de la PL, derrière les 75 points recueillis par le United de Sir Alex Ferguson en 1996-97. Nous voilà très loin des totaux atteints par Liverpool et Manchester City lors des trois saisons précédentes: 99, 98 et 100 points. »

Suspense ne veut pas dire spectacle

On le voit, les raisons de se réjouir en regardant le classement sont nombreuses. Pourtant, sur la pelouse c’est un poil moins réjouissant. Si le début de saison avait fait office de joyeuse entrée, depuis, les effets de cette année particulière se font sentir.

D’abord les stades sont vides. Ce n’est pas la faute des équipes, mais il faut bien avouer que, même si on s’y fait à défaut d’autre chose, la bande-son qui simule l’ambiance commence à faire office de disque rayé. Lorsque 2000 supporters pouvaient assister aux matches, la différence était déjà notoire. Cette absence a un impact sur l’ambiance générale, mais aussi sur la performance des joueurs. Il n’y a personne pour huer une mauvaise prestation ou emballer un match indécis dans le temps additionnel.

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Ensuite, le jeu en lui-même est ralenti. Moins de flamboyance, plus de prudence. Comme le décrit très bien Philippe Auclair dans sa chronique sur Eurosport:  « C’est à se demander si, surpris et échaudés par le chaos des cinq premières journées, la plupart des managers des clubs de PL n’ont pas tout simplement fait le choix du moindre mal. Le gegenpressing, à d’autres ! Bien trop dangereux par les temps qui courent. Safety first. »

C’est vrai, on fait les enfants gâtés. Beaucoup de sport sont à l’arrêt ou presque et notre Premier League adorée poursuit sa route, quasiment normalement. Entre Brexit et pandémie, elle tient bon. Pour combien de temps encore ? C’est un autre débat. Certes, le spectacle n’est pas dingue en ce moment. Mais comme lors d’une saison de série télévisée, c’est en ayant tout vu que l’on peut tirer le bilan. Certains épisodes sont décevants, puis tout s’accélère à la fin et on veut déjà voir la suite.

Les conditions pour avoir une fin de saison passionnante sont réunies. Un faible écart de point au sommet, comme dans le bas du classement. Un champion en titre blessé, qui doit réagir. Et des joueurs, qui montrent toujours autant de qualité. Ne boudons pas notre plaisir et profitons-en tant que ça dure.

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