« All or Nothing Manchester City »: la sincérité mesurée

Même si la série est sortie il y a plus d’un an et qu’elle évoque la saison 2017-2018, elle garde encore un intérêt à être visionnée maintenant et dans les années à venir. On le remarque rapidement, les parallèles sont nombreux entre passé et présent. Un « inside » qui a le mérite d’être vu, en gardant une certaine distance.


Un après l’arrivée de Guardiola à Manchester City, après une saison sans trophée pour le Catalan, les caméras d’Amazon débarquent à City pour suivre la saison 2017-2018 de Manchester City, celle de tous les records. Le décor est planté et les différents intervenants, dont Khaldoon Al Mubarak le président du club, sont clairs : le titre sinon rien.

Comme souvent dans ce type de série, les moments « authentiques » à l’intérieur du vestiaire alternent avec des interviews un peu corporate du staff ou des dirigeants. On ose croire que par moment, ils oublient qu’une caméra est présente dans leur intimité, ce qui offre les moments intéressants de la série.

« All or Nothing Manchester City » Amazon Prime

La saison de l’opulence

Cette saison 2017-2018 frappait fort avant même qu’elle ne débute. En effet, les 250 millions dépensés lors du mercato annonçaient la couleur. City était là pour conquérir un nouveau titre de champion d’Angleterre.

Une saison consécration puisque Manchester City termine champion en battant toute une série de records: le nombre de points (100), de victoires (32), de buts marqués (106), une avance de 19 points sur le deuxième (du jamais vu) et une série de 18 victoires consécutives. Le spectateur sait tout cela au moment de visionner la série, mais il est tout de même intéressant de voir le processus pour arriver à de telles performances.

Il est surtout intéressant de voir comment sont abordés et digérés les moments heureux et malheureux qui jalonnent la saison. La réaction après l’élimination en C1, la joie de la victoire en Coupe de la Ligue ou encore le mini traumatisme de la défaite lors du match du titre face à United.

« All or Nothing Manchester City » Amazon Prime

C’est la force des séries sportives. Le sport n’a pas besoin de scénario et encore moins la Premier League. Tous les ingrédients d’une bonne fiction sont présents: rebondissements, personnages hauts en couleur, l’esthétisme de l’Angleterre et surtout l’émotion.

Dans sa construction aussi cette série respecte le schéma narratif. Une situation initiale: le début de saison avec ses objectifs. L’élément perturbateur: les blessures des joueurs, les contre-performances sportives. Les péripéties: la saison qui se poursuit entre joies et peines. Le dénouement: l’arrivée de nouveaux joueurs, le titre qui se rapproche. La situation finale: City qui gagne deux trophées, comme espéré en début de saison. Bien qu’une année de foot mêle toutes ces étapes en un mois, une semaine, voire parfois une soirée.

Citizen Pep

« All or Nothing Manchester City » Amazon Prime

C’est le personnage qui lie tous les autres: Pep Guardiola. Pep et ses joueurs, Pep et son staff, Pep et ses dirigeants et enfin Pep et ses supporters. Arrivé comme le messie qui allait aider Manchester City à tout gagner, on sent que tout le club est derrière lui et se plie à ses exigences. Son staff entretient une relation presque patriarcale avec lui et Guardiola n’a pas besoin de se justifier quant au choix des personnes qui l’entourent. Comme Manuel Estiarte un ex-champion de water-polo devenu l’un des hommes les plus influents auprès du Catalan.

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Même si on suit beaucoup Guardiola, on ne parvient cependant pas à percer la carapace qui entoure le manager. On en apprend peu sur sa vie personnelle, ses passions ou ce qui l’anime en dehors du football. On remarque cependant qu’il peut se montrer très nerveux, voire grossier, dans certaines situations défavorables. Une façon de montrer son côté humain, avec des failles. On assiste aux causeries d’avant, de pendant et d’après match. On assiste au génie en action de Guardiola qui déplace des aimants sur un tableau représentant le terrain, sans vraiment pour autant comprendre réellement le message. Le narrateur, Ben Kingsley, se contente de dire (message destiné aux non-amateurs de foot, que la série cible aussi) que le jeu de Guardiola est fantastique et le plus beau du monde.

« Ensuite, il y a la vedette du spectacle – Pep Guardiola. Le documentaire commence avec Pep devant son tableau blanc déplaçant les joueurs magnétiques à une vitesse vertigineuse, tout en s’adressant à l’équipe sur un ton aussi incompréhensible que passionné. Si l’intention de Guardiola n’était de révéler aucun secret commercial, il réussit brillamment. Peu importe le nombre de fois que vous rejouez ses discours de motivation, vous ne pouvez jamais être vraiment sûr de ce qu’il dit, à part les « fuck » et les « OK, les gars, allons-y », observe justement le Guardian.

C’est dans ces moments que l’on prend du recul sur cette série. Oui, série et pas documentaire. Car cette série aurait très bien pu être réalisée par le club lui-même ou un sponsor. Certes on y voit les coulisses, la manière dont est dirigé le club, mais tout est tourné à l’avantage de l’institution ou du joueur. Même s’il y a quelques exceptions.

L’humain avant tout

Tout au long de la série, l’attention sera aussi portée sur l’humain. Comment le joueur réagit en tant qu’homme à une blessure (et elles sont nombreuses cette saison-là), à une erreur qui a des conséquences sur son équipe ou comment le joueur doit vivre sa vie lorsque la lumière football est éteinte ? Tant de questions qui cherchent à dévoiler une facette méconnue des joueurs et c’est là que la série est intéressante.

Des déboires de Benjamin Mendy qui a passé sa saison « en civil » et en béquille à tourner autour des joueurs, de la solitude d’Aguero qui explique vivre seul la plupart du temps, en passant par la souffrance des joueurs au retour du vestiaire, on est dans une fiction qui l’est de moins en moins.

Ces moments sont authentiques et à l’image des colères, des larmes, mais aussi des joies. On sent que ceux-ci ne sont pas mis en scène. Cela donne lieu à des instants savoureux comme lorsque Vincent Kompany visionne le match de Manchester United face à West Bromwich (qui donnera le titre à Manchester City) chez son beau père, qui est fan de Manchester United ! Un moment simple et normal. Ce qui fait du bien dans cette bulle que peut représenter le football moderne.

« All or Nothing Manchester City » Amazon Prime

Mais ces moments seront les seuls sincères dans cette série qui fait surtout la promotion du club et égratigne les sujets porteurs.

« Les questions de base ne sont jamais suivies. Alors, quand John Stones insiste sur le fait que son prix n’a pas affecté sa forme, il n’ya pas vraiment de «vraiment?». Quand Manuel Estiarte, confident de Guardiola, dit: «Pep est un fainéant», on ne lui demande pas comment. Nous n’avons aucune idée réelle du soldat Guardiola, ni de ce qui le motive. Est-il comme ça à la maison? Fait-il rendre Mme Pep folle d’intensité? Lorsque Sterling chante joyeusement au volant de sa voiture, c’est le moment idéal pour demander pourquoi, à son avis, les tabloïds s’attaquent davantage à lui que d’autres joueurs qui conduisent des voitures de luxe. Lorsque Kevin De Bruyne feint en plaisantant une blessure, il crie: «Ah, je ne peux pas faire de publicité aujourd’hui.» Peut-être parlait-il d’une campagne de publicité anonyme, mais il aurait tout aussi bien pu parler de All or Nothing. En fin de compte, ce n’est rien d’autre qu’une publicité extrêmement brillante pour Manchester City qui est déterminé à devenir la première marque de football au monde », conclut justement le Guardian.

La série a de bonnes intentions, mais son côté corporate, et finalement très lisse, nous empêche de réellement plonger dans les entrailles du club ou dans la personnalité de ceux qui le composent. La série reste néanmoins un produit de qualité et bien réalisé. L’oeil avisé saura reconnaître les moments sincères de ceux qui glorifient le club et qui par conséquent sortent du cadre d’une série de ce type.

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