Leicester, candidat réel au podium ?


Leicester est actuellement troisième au classement de la Premier League. Avant le grand départ, l’ambition des Foxes était affichée: l’Europe. Aujourd’hui, les hommes de Brendan Rodgers sont sur le podium. Feu de paille ou position durable ?

« Leicester City pourrait réaliser quelque chose de fantastique et terminer assez facilement dans le top quatre de la Premier League cette saison » a clamé l’ex-milieu de terrain de Manchester United, Darren Fletcher. Une déclaration qui ne sort pas de nulle part puisque la plupart des observateurs attentifs de la Premier League sont d’accord pour dire que Leicester a très bien démarré sa saison. Troisième derrière les deux locomotives Liverpool et Manchester City, le club des East-Midlands risque bien de tenir la route encore quelques semaines.

Une équipe bien huilée

La force principal des Foxes est sans doute un effectif très bien balancé, entre jeunesse et expérience. Assez paradoxal puisque l’effectif n’a pas grandement évolué par rapport à la saison dernière. Tielemans, transfert phare, a été acheté, mais était déjà présent lors de la deuxième moitié de la saison dernière. Perez, arrivé en provenance de Newcastle sans se montrer décisif pour le moment, et Dennis Praet, qui se contente d’un rôle de substitut pour l’instant, sont donc les deux seules réelles arrivées.

(Transfermarkt)

Finalement, c’est surtout une montée en puissance des hommes déjà présents associée au travail de Rodgers qui permet à Leicester d’être là où il est aujourd’hui. Un simple coup d’oeil sur le noyau permet de se rendre compte des qualités. L’ossature centrale avec les expérimentés Schmeichel, Evans et Vardy entoure parfaitement une somme de jeune talent comme Maddison, Tielemans,  Söyüncü, Chilwell, Choudhury, Ndidi et autres Barnes.

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Malgré la perte d’Harry Maguire, la défense n’a pas été affaiblie. Au contraire, la paire Evans – Söyüncü dégage un sentiment de force et de sécurité presque unique en Premier League. « Le joueur de 31 ans est sans conteste l’un des meilleurs défenseurs au niveau de la Premier League: un central Rolls Royce. On comprend aisément pourquoi il a été suivi par Pep Guardiola il y a deux saisons. Trois fois vainqueur du titre avec Manchester United, Evans a été qualifié de «casse du siècle» par Rodgers après avoir coûté à Leicester 3,5 millions de livres sterling seulement (venu de West Brom en juin 2018) », encense le Telegraph.

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Les latéraux Chilwell et Pereira sont parmi les meilleurs à leurs postes respectifs. Au milieu, Rodgers a l’embarras du choix et peut encore compter sur des jeunes joueurs en sortie de banc. Tielemans et Maddison forment un duo créatif que beaucoup de club envient. L’Anglais est en train d’exploser et fait clairement partie des hommes de ce début de saison en Angleterre. En attaque, il n’est plus utile de présenter Jamie Vardy.

Le rôle de Brendan Rodgers

Ce n’est pas une coïncidence, depuis le départ de Puel et l’arrivée de Rodgers, Leicester est la troisième équipe la plus performante de Premier League.

« Avant de prendre le poste, il a vu les joueurs et a pensé, je peux travailler avec l’équipe et la rendre meilleure », explique Fletcher à la BBC. « Il a dû penser qu’il pouvait rendre les joueurs, en particulier les jeunes, meilleurs. Non seulement c’est un tacticien magnifique, il améliore chaque joueur tactiquement et mentalement, mais il se soucie de leur sort, il a de l’empathie ».

L’ancien joueur de Manchester United poursuit: « Tous les joueurs à qui j’ai parlé – j’en connais beaucoup – du Celtic et certains de Swansea ou Liverpool – ont dit qu’ils aimaient travailler avec lui parce qu’il se souciait d’eux et qu’il les aidait et les améliorait. J’ai rencontré un scout de Leicester et il a dit que c’était la première fois qu’un responsable s’approchait d’eux, se présentait, passait cinq minutes avec eux et leur demandait ce qu’il préparait. »

On dit souvent qu’on bon coach est une personne qui maîtrise la tactique et est capable de parler à ses joueurs et d’avoir un rôle paternel auprès de son effectif. La plupart du temps, la balance penche souvent clairement d’un côté et il manque donc d’équilibre. Mais Rodgers, selon ceux qui le côtoient, est capable des deux. Il a, en quelque sorte, réussi à débloquer le talent de ses jeunes joueurs, tactiquement et surtout humainement.

Pourtant, une bonne partie de l’opinion publique semble réticente à l’idée de reconnaître un talent de coach chez lui. Invoquant plus souvent son arrogance et la chance qu’un réel savoir-faire.

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« Partout où il a été (à l’exception d’un malheureux et bref passage à Reading), Rodgers a donné aux joueurs les moyens de jouer à un niveau technique supérieur à celui que l’on aurait pu imaginer », explique The Athletic. « C’est la même histoire à Leicester. Oui, il a hérité de joueurs talentueux, mais lequel de Pereira, Chilwell, Ndidi, Tielemans et Maddison a toujours été à ce niveau sous le prédécesseur de Rodgers, Claude Puel? Qu’en est-il de Caglar Soyuncu, qui avait l’air un peu trop impétueux lors de ses rares apparitions la saison dernière, mais qui, à 22 ans, semble être le remplaçant idéal de Harry Maguire en défense centrale ? »

« Nous déplorons souvent le manque d’entraîneurs britanniques de première classe, mais lorsqu’un manager comme Rodgers, sort de l’obscurité relative, personne n’y prête attention. Il a débuté en tant qu’entraîneur des équipes de jeunes à Reading après avoir vu sa carrière de joueur prendre fin prématurément par une blessure. Ensuite, il poursuit ses études en tant qu’entraîneur puis gravit les échelons du management avec une habileté et une persévérance rares à une époque où le temps et la patience sont si rares, et tout en respectant les principes du football qui sont généralement admirés. Pourtant, il existe une réticence flagrante à lui montrer le respect que mérite son CV. »

Une image qui pourrait changer en cas de nouvelle belle performance en fin de saison avec Leicester.

Un style simple et efficace

Avant même le début de cette saison, le coach a voulu faire simple. Une préparation « à l’ancienne » sans tournée à l’autre bout du monde. « Nous avons évoqué le fait de rester le plus près possible de chez nous afin de pouvoir travailler le plus possible », déclarait le Nord-Irlandais à Sky Sports. « Par le passé, j’ai pris part aux engagements lors de voyages et les demandes commerciales étaient trop nombreuses. C’est notre première pré-saison ensemble, je pensais qu’il serait très important que nous nous enfermions dans le centre d’entraînement. » Une façon positive de déjà imposer sa patte.

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S’il fallait qualifier le style Rodgers, on devrait directement mettre en avant un amour pour le ballon. Leicester est la 5e équipe à effectuer le plus de passe cette saison. Les Foxes aiment le ballon, mais font également tout pour le récupérer très rapidement. « Les supporters ont peut-être vu mes équipes à Swansea, Liverpool et le Celtic et reconnaîtront avec quelle intensité nous essayons de faire pression sur le jeu. C’est la base pour utiliser techniquement vos qualités », explique le manager des Foxes.

Rodgers peut également se montrer flexible tactiquement, trop pour certains, lui rapprochant de ne jamais aligner la même équipe d’une semaine à l’autre. D’un 4-3-3 classique avec Maddison à gauche, il peut aussi passer à un 4-1-4-1 avec un Maddison plus axial par exemple. Une autre force de Leicester est sa capacité à briller en contre-attaque. C’est l’équipe qui a le plus marqué (égalité avec Tottenham) de cette façon cette saison.

Pour combien de temps ?

Leicester a « la chance » de ne pas être européen cette saison. On a vu beaucoup d’équipes perdre des plumes en championnat à cause de compétitions européennes et d’autres, absentes de ces compétitions, en profiter pour se focaliser uniquement sur le championnat. Voilà déjà une épine de moins dans le pied de Rodgers.

L’autre motif de satisfaction pour Leicester est la méforme ou en tout cas l’irrégularité des autres candidats au top 4. Tottenham n’est pas encore au point et a perdu pas mal de points, Chelsea vit une saison particulière, Manchester United ne parvient pas à retrouver son lustre d’antan (même si actuellement, c’est la seule équipe à avoir battu Leicester) et enfin Arsenal s’exporte mal. Leicester pourrait en profiter pour se faufiler parmi ces grosses cylindrées.

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Mais tout pourrait vite basculer. Quid si Vardy se blesse pour une longue durée. Le meilleur buteur de l’équipe (5) sera difficile à remplacer. En termes de rendement, mais aussi numériquement. Il y a bien Kelechi Iheanacho, mais le Nigérian ne semble pas faire partie des plans de Rodgers (0′ jouées en PL). Son but en Coupe ne semble pas avoir eu d’effet chez le manager. Ayoze Pérez peut éventuellement reprendre ce rôle, mais l’Espagnol n’a pas encore marqué ou fait marquer cette saison. Cela pourrait donc devenir un gros problème.

L’effectif en lui même n’est pas un puits sans fond, deux trois blessures ou indisponibilités et la donne change complètement. Leicester n’est pas non plus à l’abri d’un coup de mou. La période du Boxing Day est souvent pointée comme la plus propice à ce genre de méforme. Il faut dire que tout le monde y passe à un moment ou l’autre. Mais la confiance engrangée jusqu’ici semble prévenir Leicester de tous les maux. La forme actuelle n’est pas un feu de paille, car elle dure depuis la saison passée. C’est la-dessus que Leicester va bâtir sa saison et le moins que l’on puisse dire c’est que les bases sont déjà bien établies.

La prochaine étape s’appelle Liverpool. Autant dire qu’il est difficile de faire meilleur test.

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