Nuno Espirito Santo: Super NES chez les Wolves

Chef de la meute des Wolves depuis l’été 2017, Nuno Espirito Santo fait déjà partie du paysage en Premier League. Prêt à montrer les dents, il a stabilisé le club au plus haut niveau anglais. Coup d’oeil sur un manager aussi attachant que fin tacticien.


Il y a des coaches qu’on remarque directement plus que les autres. Parce qu’ils ont eu une carrière de joueur marquante, parce qu’ils ont un physique atypique, parce qu’ils ont un caractère bien trempé ou un peu de tout ensemble. Dans le cas de d’Espirito Santo, c’est certainement pour les deux dernières raisons.

En effet, cet ancien gardien n’a pas eu une carrière phénoménale. Le Portugais a commencé sa carrière pro au Vitória Guimarães avant de jouer pour quelques clubs espagnols et d’arriver à Porto en 2002, où il sera un gardien remplaçant et croisera la route de Mourinho. Il tentera aussi sa chance au Dynamo Moscou et au Deportivo Aves, avant de revenir à Porto et d’y finir sa carrière. Sur le banc déjà. Car, selon O Substituto, c’est un peu grâce à cela qu’il est devenu coach.

Une rencontre avec Jorge Mendes en discothèque

Mais pour bien comprendre son parcours de coach, il faut remonter au milieu des années 90. Signe du destin ou hasard providentiel, Nuno jeune joueur se détend dans une boîte de nuit portugaise et y rencontre Jorge Mendes, alors DJ et gérant d’un vidéo club. « On avait des amis en commun et avec le bouche à oreille on a fini par faire connaissance et devenir de très bons amis », explique le Portugais. Les deux hommes discutent toute la nuit. Le DJ se découvre une vocation d’agent et le jeune gardien veut accroitre son temps de jeu.

Dans les jours qui suivent, Jorge Mendes conduit Nuno jusqu’à La Corogne, en Espagne, et convainc les dirigeants galiciens de signer le jeune gardien. NES devient son premier client, l’histoire est en marche. « Suite à mon transfert à La Corogne, Jorge Mendes ne m’a pas prélevé un sou alors qu’il était convenu à la base qu’il perçoive une prime sur mon contrat. Il a déchiré le chèque sous mes yeux et m’a dit qu’il ne l’encaisserait jamais ».

C’est ainsi que les deux hommes ont entamé une relation professionnelle et surtout une amitié de longue date. Le natif de São Tomé poursuit sa carrière de joueur et la conclut en 2010 à Porto. À peine deux ans plus tard, il prenait les rennes d’un club de première division portugaise (Rio Ave), aussi grâce à Jorge Mendes. Déjà à l’époque, le coach n’a pas sa langue en poche. « Oui, si je suis là c’est grâce à Jorge Mendes. Et alors, quel est le problème ? C’est mon agent, non ? Il ne fait que son travail » avait-il répondu aux journalistes à son arrivée.

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Après une première saison aux résultats un peu inespérés (7e place en Liga Sagres, à l’époque), il boucle la deuxième à la 11e place. Il débarque ensuite à Valence à l’été 2014. Merci Gestifute (l’empire Mendes). Une arrivée non sans remous. En effet, Nuno n’est ni un joueur à la carrière marquante, ni un entraîneur de renom, tout au plus connu des aficionados de la première division portugaise. Au terme de la saison 2014/15, il hisse le club espagnol à la 4e place. Malheureusement, il ne finit pas la 2e et démissionne après trois mois. En juin 2016, il revient à Porto. Il n’y restera qu’une seule saison vu les résultats décevants.

Hungry Like the Wolf

Dans la foulée de son limogeage de Porto, NES s’établit dans la banlieue de Birmingham, dans un club qui vient de terminer 15e de Championship: Wolverhampton. Via un tapis rouge déroulé par Jorge Mendes. Encore lui. Le super agent avait, en effet, une empreinte de plus en plus grande dans le club. C’est aussi ce qui a provoqué le départ, plus en accord avec la politique du club, de Paul Clement, le prédécesseur de Nuno. Un club où Mendes est devenu profondément ancré dans le tissu local, depuis qu’il est intervenu dans le rachat du club par le groupe d’investissement chinois Fosun en 2016. La nomination de son ami Nuno était la preuve ultime de son influence dans le club.

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Comme à Valence, les observateurs locaux sont sceptiques et le super agent en profite pour intégrer une véritable colonie portugaise dans les West Midlands. Un an plus tard, l’Angleterre a un autre regard sur Espirito Santo. Il vient de remporter le titre en Championship (avec 99 points) et ramène le club en Premier League, 6 ans après la relégation.

Le club se lâche alors sur le marché des transferts et dépense plus e 100 millions d’euros pour s’assurer une belle place parmi l’élite. Jonny, Rui Patricio, Adama Traoré, Leander Dendoncker, Diogo Jota, Willy Boly, João Moutinho, Raul Jiminez (en prêt, puis acheté la saison suivante) rejoignent le club cet été là. Des investissements payants puisque les Wolves terminent 7e et retrouvent l’Europe. La saison dernière, ils finiront également 7e. L’ami de Jorge s’est fait un prénom.

Une meute affamée, des dents aiguisées

Malgré ses airs de grand méchant loup, l’ancien gardien cache une vraie personnalité. « J’ai passé quasiment autant de temps sur le terrain que sur le banc dans ma carrière. Donc j’ai beaucoup observé. J’avais une double vision du jeu, puisque de cette position on peut tout voir », explique-t-il à The Coaches’ Voice.

Lui qui, jusqu’à son arrivée en juillet 2017 chez les Wolves, avait eu une carrière de coach assez positive globalement vu son manque d’expérience, il a tout de même émis des doutes au moment de diriger un premier club anglais. « Quand je suis arrivé chez les Wolves, ma première question a été de savoir si mon projet de jeu pouvait fonctionner en Championship. Je ne voulais pas que ce championnat change mon idée du jeu. C’est une compétition, le sport reste le football et c’est le même sport partout sur la planète. Évidemment, il y a des particularités, mais mon idée du jeu devait rester la même », confie-t-il.

Et cette vision quelle est-elle ? On peut certainement dire que l’adaptation a fait partie des grands préceptes du Portugais tout au long de sa carrière de coach. Certes, il garde ses grandes lignes directrices, mais n’est pas figé dans un système et s’adapte en fonction de l’adversaire et des joueurs à disposition.

Chez les Wolves, on peut qualifier son football d’intense et de tourné vers l’avant. Dans son 3-4-3, les joueurs de couloirs ont forcément été très importants depuis qu’il est en charge, et ils jouent un rôle très important dans les reconversions offensives, l’un des atouts de Wolverhampton. Pressing constant, passes aiguisées vers l’avant et contre-attaques létales font partie de ses préceptes.

« The perfect blend »

S’il a transformé Wolverhampton en club de milieu de classement voire de Championship en prétendant à l’Europe, c’est grâce à une mentalité de travail exemplaire. « Quand on quitte un briefing d’avant-match, on se dit tous qu’il n’y a pas moyen de perdre ce match. Le coach nous a littéralement expliqué comment battre l’adversaire », expliquait Matt Doherty à The Athletic. « Tactiquement, il est à un autre niveau, c’est un manager de classe mondiale. Ses compétences en gestion des individus sont également excellentes. Vous devez avoir les deux pour être un top manager et il a ça. »

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«Vous êtes parfois ami avec lui, mais il sait comment vous griller. Nous avons tous vécu ça, les plaisanteries et soudainement la brutalité façon Malcolm Tucker. Mais le lendemain, il vous fera un câlin et il vous parlera. Il a le mélange parfait et cela force le respect », ajoutait l’actuel défenseur des Spurs. Il est vrai que l’on souligne souvent ces deux traits chez un coach: la gestion tactique et la gestion humaine. Si selon ses joueurs Nuno a ce perfect blend, les autres acteurs du club vont dans ce sens.

« C’est une personne unique. Il a très vite apporté un environnement positif entre les joueurs qui étaient là depuis de nombreuses années et les joueurs qui étaient au club depuis quelques jours ou semaines. Il a créé une culture de la gagne. Il a soudé tous ces hommes », expliquait l’ex-directeur général, Laurie Dalrymple en 2020. « Je pense que c’est un entraîneur fantastique, il a de vraies qualités personnelles, la relation qu’il entretient avec les joueurs et le staff est l’une des principales raisons pour lesquelles il s’est installé là où il est. Il mérite énormément de crédit pour ce qu’il a réalisé en si peu de temps et a continué à livrer de manière constante. C’est un gars incroyable. »

Plutôt du genre à chercher les contacts humains, il donne toute son énergie sur les terrains d’entraînement. Il passe beaucoup de temps auprès de ses joueurs et dans des salles de réunion avec son staff, au lieu de s’isoler dans son bureau comme d’autres managers.

D’ailleurs, pour The Athletic, Nuno est plutôt un « head coach » qu’un manager au sens anglo-saxon du terme. Il laisse la gestion globale du club aux autres et se concentre uniquement sur ce qui est lié au terrain. Davantage un manager de joueur, qu’un manager de club. Sans pour autant oublier que c’est lui le boss. « Tout le monde à Compton, de Fosun à la ‘tea lady’, sait que Nuno est le patron. Même son staff le plus proche, qui travaille avec lui depuis des années, sait quand il ne faut pas le déranger du tout », explique le média anglais.

Un côté feu et glace qui se remarque particulièrement sur le terrain où il semble si calme. Ce n’est peut-être pas si étonnant, que ce personnage à la barbe de vieux sage, qui parle cinq langues (anglais, portugais, espagnol, italien et russe) à la limite introverti, n’est pas du genre à se regarder à la télévision. Il garde son charisme et son aura pour ses joueurs, car ils savent que Nuno peut caresser les loups dans le sens du poil, mais peut aussi montrer le dents.

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