PeopLe : Elton John et Watford, still standing

Il n’est pas rare de voir des personnalités anglaises, ou non d’ailleurs, attachées à un club professionnel en Angleterre. Cette série baptisée PeopLe s’intéressera à ces stars qui ont, ou ont eu, un lien, fusionnel ou éloigné, avec ces clubs anglais, de légende eux aussi.

On connait le tous. Cet amoureux de son club, qui se saigne pour s’offrir un abonnement dans la tribune chaude et qui attend le week-end avec autant d’impatience que son premier enfant. Ceux pour qui le foot est un exutoire. Une façon de fuir la réalité et d’éteindre son cerveau. Pas seulement 90 minutes, mais durant toute la journée du match day. Du bus à la tribune, en passant par le pub. À l’instar de Tommy, Dave ou Billy, les héros de Football Factory. Ce sentiment de bonheur lié au football prend des formes multiples et touche tout le monde. Même un certain Reginald Kenneth Dwight, plus connu sous le nom de Sir Elton John.

« I Guess That’s Why They Call It The Blues »

S’il fallait faire la biographie d’Elton John en quelques lignes pour les profanes, car le but n’est pas ici de déballer la discographie du chanteur, on pourrait déjà commencer par cela. Elton John est un chanteur pop rock qui connut ses premiers succès courant des années 70. Né 1947 à Pinner, dans le grand Londres (nord-ouest), à quelques miles de Vicarage Road (détail important pour la suite de l’histoire), Reginald Kenneth Dwight grandit dans une famille classique et est bercé par les disques de jazz de son père, pilote à la Royal Air Force. Il se tourne, inéluctablement, vers la musique et devient un brillant pianiste. Au fil des rencontres et des années, la renommée grandit et il va connaitre son premier grand succès avec Your Song. Les tubes s’enchainent et le chanteur vit principalement aux États-Unis où il prend du bon temps. Enivré par le succès, Elton John avoue dans son autobiographie qu’il était devenu quelqu’un d’autre : « Vous ne pouvez pas imaginer quel genre d’égoïste j’étais devenu. C’était en partie dû aux drogues, en partie au mode de vie qui était le mien, et aussi à mon entourage qui me passait tous mes caprices. J’étais dévoré par l’alcool, la cocaïne et je ne sais quoi d’autre ». C’est à cette période qu’il trouve le réconfort à Watford.

Sur la pochette de son album A Single Man (1978), il porte une cravate aux couleurs du club. Une façon discrète, mais forte de montrer son amour à Watford.

En effet, dans les années 80, le chanteur est devenu le propriétaire et président du club de Watford, son club de cœur depuis son enfance. « J’ai été président pendant la pire période de ma vie : des années d’addiction et de déprime, de relations ratées, de mauvaises décisions dans mes affaires, de procès et de tourments sans fin », explique-t-il dans sa dernière autobiographie. « Au long de tout cela, Watford a été une constante source de bonheur pour moi, si je n’avais pas eu le club de football, Dieu sait ce qui me serait arrivé. Je n’exagère pas en disant que Watford pourrait bien m’avoir sauvé la vie. »

« Saturday Night’s Alright For Fighting »

Parfois, il n’est pas bon mêler sentiment et affaires. Les exemples de président-supporter qui font pire que mieux ne manquent pas. Elton John, lui, a pris la tête du club en 1976, alors que les Hornets venaient d’être relégués en quatrième division. Son ambition était claire : faire remonter le club en première division. Pour y parvenir, il licencie Mike Keen en avril 1977 et nomme Graham Taylor au poste de manager. C’est le début d’une belle histoire entre le coach et le club. Mais surtout d’une fantastique épopée. Pour sa première saison, Watford est champion en 4e division. Le club termine l’année avec le plus grand nombre de victoires, le plus petit nombre de défaites, le plus grand nombre de buts marqués et le plus petit nombre de buts encaissés de toutes les équipes de la division.

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Elton et Graham Taylor en 1977

En 1978/79, le club termine à la deuxième place en troisième division, à un point du leader seulement. Le club est à nouveau promu et se hisse au deuxième échelon du football anglais où il enchainera une 18e et une 9e place. Lors de la saison 1981/82, le club termine 2e et débarque au sommet du football anglais pour la première fois de son histoire. Le club passe donc de la 4e division à la première en 7 saisons seulement. On comprend aisément qu’Elton y oubliait tous ses problèmes. Une saison qui aurait d’ailleurs pu tourner au rêve absolu. Bien emmené par un duo d’attaque composé de Luther Blisset, qui termine meilleur buteur lors de cette saison 1982/83 avec 27 buts, et John Barnes, Watford pète des flammes.

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En effet, pour leur saison d’intronisation dans la première division anglaise, les Hornets terminent à la deuxième place derrière Liverpool. Une place de dauphin qui assurait la qualification pour la Coupe de l’UEFA (ce qui reste à ce jour la seule participation du club à une compétition européenne). La saison suivante, 1983/84, allait aussi être historique. Watford atteint les 1/8e de finale de la Coupe UEFA, mais surtout, dispute la finale de la FA Cup face à Everton, également pour la première fois.

En 2010, Elton John a organisé un concert à Vicarage Road, alors que le club connaissait des problèmes financiers. L’argent récolté a été utilisé pour acheter un jeune attaquant de Walsall. Son nom était … Troy Deeney.

Durant l’entrée des joueurs à Wembley sur la traditionnelle chanson « Abide With Me », Elton John ne peut retenir son émotion. Malgré la défaite face aux Toffees, qui à l’époque faisaient partie des grosses machines anglaises, le chanteur peut être fier. Non seulement il a connu un succès mondial dans le monde de la chanson, mais il a réussi, avec Graham Taylor à briller dans le monde du football et faisant de Watford une entité qui compte. Le club d’Elton John s’est hissé au sommet du foot anglais et y est resté depuis puisque Watford a joué l’ascenseur entre la D1 et la D2 sans jamais redescendre plus bas.

« Don’t Go Breaking My Heart »

Si la relation entre le chanteur et le club n’est peut-être plus aussi intense que jadis, le lien est bel et bien toujours vivant. Il y a bien eu une série d’aller-retour, de vente de parts ou de désaccords avec la direction, mais Elton John peut se targuer aujourd’hui de jouir d’un statut unique. En effet, le chanteur a été intronisé en tant que président d’honneur à vie des Hornets. De plus, le stade de Vicarage Road, qui peut accueillir 21 577 spectateurs, comporte une tribune qui porte le doux nom de Sir Elton John Stand.

Début juillet 2022, la rockstar a entamé sa tournée d’adieu, qui devra traverser le globe, en commençant par … Vicarage Road. Ce « Farewell Yellow Brick Road tour » a été l’occasion pour lui d’annoncer son souhait de retrouver un rôle plus important dans le club. « J’ai vraiment compris hier soir à quel point j’aime cet endroit », a-t-il déclaré. « J’ai dit à Scott Duxbury (l’actuel président) que l’année prochaine, quand je terminerai cette tournée, je jouerai un rôle beaucoup plus actif dans le club parce que je n’aurai plus de concerts à faire ». Avant d’ajouter combien il était fier de voir une tribune à son nom. « Quand je regarde mon nom là-haut, je n’arrive pas à croire qu’enfant, j’aurais un jour mon nom sur cette tribune ».

Inutile d’insister, après ces récits, sur la forte relation qui lie l’homme et le club. Une accointance presque éternelle puisqu’elle a débuté durant son enfance et la suivra, certainement, jusqu’à son dernier souffle, et subsistera, encore plus certainement, post-mortem.

« Qu’est-ce que je peux dire ? C’est dans mon cœur, dans mon âme, on ne peut pas s’en débarrasser. Ma passion pour ce club n’est jamais morte et je suis si fier de ce club »

Elton John

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