Qui peut sauver Manchester United ?

Un seul homme peut tout changer. Arrivé en 1986 dans un club à l’agonie, Sir Alex Ferguson fut cet homme pour Manchester United. À son arrivée, les Red Devils étaient vingt-et-unièmes d’un championnat anglais qui se jouait alors à vingt-deux équipes, avec un vestiaire totalement hors de forme et des joueurs alcooliques. Un autre temps.


En vingt-sept saisons passées à Old Trafford, Ferguson ramènera entre autres treize championnats et deux Ligues des Champions, avec notamment un triplé historique en 1999. Mieux, l’entraîneur écossais et ses hommes dépasseront leur grand rival Liverpool en termes de titres glanés, comme il l’avait promis lors de son arrivée sur le banc de touche mancunien, et feront de Manchester United le club le plus titré d’Angleterre. Sir Alex laissera son poste en mai 2013, après un vingtième titre remporté et sous les applaudissements d’un public qui doit tout à ce grand monsieur, légende du club pour toujours.

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À son départ, nombreuses étaient les interrogations. United arriverait-il à maintenir un tel niveau sans l’homme qui les avait amenés aussi haut ? Ces interrogations étaient fondées, car malgré le fait que Ferguson lui-même ait préparé le futur en demandant David Moyes comme successeur, ce ne fut pas assez et Manchester United n’a depuis jamais su retrouver son lustre d’antan. Les entraîneurs de renom se sont succédé, quelques titres furent glanés, mais jamais la grande équipe de Ferguson n’a pu refaire surface et se réimposer comme le plus grand club du Royaume-Uni. Ses rivaux le dépassant, le top 3 devenant saison après saison de plus en plus difficile à atteindre, United, autrefois géant faisant pâlir ses adversaires, est devenu un club cible de moqueries et subissant le sarcasme de ses concurrents. Cependant, nous allons voir en quoi, sept ans après, les Red Devils sont enfin prêts, à nouveau, à se montrer performants. Pourquoi, dans un court à moyen terme, le phénix renaîtra de ses cendres.

Des jeunes prometteurs

Manchester United a toujours su sortir de son centre de formation des jeunes joueurs capables de s’imposer au sein de l’équipe une et apportant des vraies qualités au groupe professionnel. Qui pourrait oublier la grande génération 92 ? David Beckham, Ryan Giggs, Paul Scholes, Nicky Butt, les frères Neville, pour ne citer qu’eux, ont ébloui la planète foot de leur talent et sont tous devenus des joueurs indéboulonnables du onze mancunien, à court, moyen et long terme.

Des années plus tard, certains joueurs pourraient être désignés comme les successeurs de cette génération dorée. On ne présente plus les qualités de percussion, la vitesse, la technique et la polyvalence de Marcus Rashford, véritable pépite et titulaire indiscutable malgré un niveau de jeu parfois irrégulier au plus haut niveau. Il fait désormais partie de la sélection des Three Lions, et son numéro 10 lui va à ravir. Autre exemple de formation dans un tout autre registre, le milieu écossais Scott McTominay a gagné cette saison une vraie place de titulaire aux côtés du brésilien Fred, grâce à la confiance donnée par Ole Gunnar Solskjaer. Ratisseur infatigable, bénéficiant d’un volume de jeu incroyable, mais également capable de monter d’un cran sur le terrain pour déclencher des frappes de loin surpuissantes, il a su profiter à merveille de l’absence de Paul Pogba cette année.

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Mais ces deux hommes ne sont pas les seuls exemples marquants, bien qu’ils soient les plus visibles dû à leur poste de titulaire régulier. Au niveau des éclosions, comment ne pas citer Mason Greenwood ? L’attaquant anglais de seulement 18 ans impressionne les observateurs, et Nicky Butt, directeur du centre de formation, a même dit de lui qu’il était le jeune le plus talentueux jamais passé par le centre de formation mancunien. Ce qui n’est pas rien, quand on connaît la génération à laquelle Butt a appartenu. De nombreux autres jeunes pourraient être cités, comme Axel Tuanzebe, défenseur central de formation pouvant également évoluer dans le couloir gauche et qui a reçu ses premières minutes en Coupe sous l’impulsion de Solskjaer.

Enfin, impossible de ne pas dire un mot sur Dean Henderson. Prêté cette saison au promu Sheffield United, le club lui doit pour beaucoup sa belle campagne en championnat avant l’arrêt de celui-ci. Encore très jeune, OGS a lui-même confirmé qu’Henderson serait conservé la saison prochaine, alors que certains en parlent déjà comme l’avenir de l’équipe nationale. David de Gea a du souci à se faire…

Une direction sportive enfin cohérente ?

Ces dernières saisons, la direction sportive des Red Devils a de nombreuses fois laissé à désirer. Le transfert d’Alexis Sanchez fut un énorme coup médiatique au moment de la signature, mais une fois la façade tombée, l’attaquant n’a jamais su montrer quoi que ce soit du côté d’Old Trafford, ne justifiant jamais que son club ait fait de lui le joueur le mieux payé du championnat et encore moins le numéro 7 floqué dans son dos.

En outre, la théorie selon laquelle United ne l’aurait recruté que pour passer devant City sur le coup n’est pas sans fondement… Celui de Paul Pogba, malgré un beau coup de communication et un vrai apport sur l’équipe à court et moyen terme, a également fini par poser problème, le milieu français n’ayant quasiment pas joué cette saison pour cause de blessure, suite à son transfert avorté au Real Madrid. Les propos de son agent Mino Raiola étaient quant à eux très durs envers le club de « La Pioche », qui ne devrait plus faire long feu dans son club formateur… De nombreux autres transferts pourraient être cités, comme le fait de payer 55 millions hors bonus pour un Anthony Martial qui sortait d’une seule bonne saison en Ligue 1, mais ce n’est pas le plus important.

Car depuis l’été 2019, et la tendance se confirmant en janvier 2020, Manchester United semble enfin avoir retrouvé une direction sportive cohérente. Bien entendu, les sommes sont toujours mirobolantes et paraissent trop élevées, cependant les transferts d’Harry Maguire et d’Aaron Wan-Bissaka ont permis de stabiliser un tant soit peu une défense friable et poreuse. Daniel James, arrivé de Swansea, a beaucoup apporté sur son aile gauche, percutant, dribbleur, mais aussi passeur.

Au niveau des départs, Romelu Lukaku a été une très bonne vente du côté de l’Inter, laissant partir un joueur qui ne se sentait pas bien au club, et libérant ainsi de la place pour Rashford et Martial, dans un style de jeu plus rapide et technique que celui de l’attaquant belge. Mais le meilleur coup récent de la direction reste sans conteste Bruno Fernandes, arrivé du Sporting Portugal en janvier. En un peu plus de de 2 mois, le milieu portugais avait déjà mis tout le monde d’accord et régalait la Premier League, de par ses coups de patte de génie, sa capacité à casser des lignes, son intelligence de jeu, son talent pour marquer et faire marquer, … à tel point qu’il entre, en une quinzaine de rencontres à peine, déjà dans le débat pour l’équipe-type de la saison.

En outre, de plus en plus de rumeurs envoient Jadon Sancho à Old Trafford, tout comme Donny Van de Beek, pour lequel les dirigeants mancuniens auraient l’intention de doubler le Real Madrid, qui tient la corde du dossier depuis de nombreux mois. Nous pourrions également souligner le prêt réussi de Chris Smalling du côté de la Roma, qui devrait lever son option d’achat, et ainsi libérer de la masse salariale.

En prenant en compte tous ces éléments, il semble que la gestion sportive de l’équipe aille dans le bon sens, pour la première fois depuis de nombreuses années. Confiance accordée aux jeunes, transferts entrants et sortants intelligemment pensés, présence de cadres importants sur et dehors du terrain, sur papier, Manchester United a tout pour redevenir un grand d’Angleterre.

Solskjaer, l’homme de la situation ?

Lors de l’embauche en interim de Ole Gunnar Solskjaer sur le banc mancunien, nombreux étaient les détracteurs à ce choix. En effet, le norvégien n’est pas un entraîneur de renom comme peuvent l’être Mourinho ou Van Gaal, son expérience en tant que manager se résume au championnat de son pays natal, et arriver si vite dans un si gros club, avec un vestiaire rempli de stars et de tensions internes pourrait être compliqué. Suite à ses bons résultats et sa nomination définitive en tant qu’entraîneur, certains détracteurs ont pu remettre leur avis en question, mais l’interrogation du succès à long terme subsistait. OGS aurait-il les épaules pour enfin redorer le blason de United ?

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Jusqu’à présent, on pourrait être tenté de répondre à cette question par la négative, et quand on sait qu’un entraîneur comme Mauricio Pochettino est libre, la confiance en lui peut tendre à se fragiliser. Mais au-delà des performances sur le terrain, d’autres éléments sont à prendre en compte. En dehors du rectangle vert, le management de l’ancien supersub de Ferguson est reconnu de tous. Capable de gérer des cas compliqués comme celui de Paul Pogba en considérant le milieu français comme un joueur comme les autres et en ne cédant aucune place aux caprices de son agent, il a assis son autorité sur le vestiaire. Il a également le soutien entier d’anciennes légendes du club, comme Wayne Rooney ou Ryan Giggs, et l’identité footballistique qu’il tente d’amener à son groupe se perfectionne de plus en plus. Une identité de vainqueur, avec pour leitmotiv de ne jamais rien lâcher, de toujours se battre sans jamais s’avouer vaincu, et des choix posés en conséquence.

Le recrutement de joueurs comme Wan-Bissaka ou Fernandes entrent entièrement dans cette lignée, tout comme la prolongation du prêt d’Odion Ighalo, joueur prêt à tout donner sur le terrain pour son club de cœur. On a pu observer un changement de mentalité important chez certains joueurs déjà présents, comme l’abnégation montrée par Anthony Martial cette saison, ou le travail à l’entrainement de Jesse Lingard pour enfin montrer un niveau du calibre de son club. Son équipe ne se résume plus à aligner les noms les plus bankables du club sur la feuille de match, mais il accorde sa confiance à des joueurs avec une mentalité irréprochable, et surtout des joueurs capables d’élever leur niveau de jeu au profit du collectif.

Alors, enfin de retour ?

En prenant en compte tous les paramètres précédemment présentés, la pente semble enfin de nouveau ascendante pour le club le plus titré de Premier League. De là à imaginer un retour au plus haut niveau et un définitif sursaut d’orgueil face à la réussite montrée par ses concurrents, il n’y a qu’un pas. Cependant, Manchester United est-il déjà à même de le franchir ? Il est certain qu’ils le voudront, et que si tout le monde au club travaille dans le même sens, cela sera possible.

Mais à quelle échéance ? Il est de notoriété publique que les dirigeants mancuniens ne sont pas des plus patients. Solskjaer aura-t-il le crédit nécessaire pour mener à bien ses projets et continuer à construire l’identité de jeu de son équipe ? Celle-ci sera-t-elle suffisante pour montrer des résultats dès la saison prochaine ? Les supporters, agacés d’être devenus la risée de leurs rivaux, accorderont-ils à OGS et ses hommes le temps qu’il faudra pour remonter la pente ? D’ailleurs, ces mêmes supporters soutiendront-ils l’entraîneur norvégien en cas de résultats en deçà des espérances ? Toutes ces questions sont légitimes, et seul le temps pourra y répondre.

Cependant, nous pouvons déjà presque être sûrs qu’il faudra plusieurs saisons aux Red Devils pour redorer leur blason, et à Old Trafford pour redevenir le théâtre des rêves. Si dirigeants, supporters, direction, terrain avancent dans le même sens, le projet à long terme pourrait être grand et beau, reste à savoir si le temps sera de la partie. Ferguson lui-même en avait eu besoin, mais le football d’aujourd’hui et d’autant plus la Premier League n’ont plus les mêmes standards qu’en 1986.

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